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Auteur : Zeng Jinyan (Femme de Hujia) Traducteur : Une amie française Le 25 Avril Le mois d'Avril à Pékin, c'est là que commence vraiment le printemps. Après des jours de froid et de pluie, jaillissent soudain d'innombrables fleurs sauvages; en quelques jours, les branches desséchées se mettent à bourgeonner. Le printemps, c'est la saison de l'avènement.
Mercredi 24 Avril Envie de profiter de la saison, je me lève tôt, fais ma toilette, fais mettre à ma fille les vêtements préparés la veille au soir, mais finalement les lui fais enlever en craignant qu'elle les salisse avant le déjeuner et emporte un petit vêtement de rechange. Je dis à mon trésor: « Aujourd 'hui, on va voir papa ». Elle pointe immédiatement du doigt la photo accrochée au mur, le visage radieux. Chez ses grands-parents, dès qu'on parle de son père, elle regarde vers le mur en cherchant les photos.
En début d'après-midi, je prends l'autoroute et en discutant avec ma belle-mère je dépasse par inadvertance la sortie d'autoroute. Pour tous les trajets que j'ai effectué à la prison de Pékin, c'est la première fois que je commets ce genre d'erreur inconvenante. A la 6 ème jonction, je sors de l'autoroute pour revenir sur mes pas.
Sous la dynastie des Qing, la palais impérial était le siège de Pékin. Aujourd'hui, c'est la prison.
Après avoir rempli les formulaires, je rentre dans le parloir où Hujia attend déjà. Le gardien à ses côtés a encore changé. L'écran mural affiche HuJia, n°4.L Nous bavardons par téléphone. Le son n'est pas bon, nous sommes interrompus plusieurs fois. La vitre est très sale, déjà trouble, et par son centre, comme à travers une sorte d'épais brouillard, je peux uniquement discerner HuJia. En l'espace d'à peine un mois, il a beaucoup maigri, son visage s'est creusé. Il dit qu'il n'arrive à rien manger, c'est pourquoi il a perdu du poids. Je lui demande s'il peut manger des oeufs, il répond qu'on leur en donne en général un ou deux par semaine. Il ne mange pas comme les autres, c'est le seul végétarien de la prison. Il ne mange rien et il ne dort pas bien non plus. Je lui demande s'il connait les résultats de la visite médicale du mois de mars. Il ne le sait pas. Moi non plus. Je demande alors à l'employé de la prison qui n'en sait pas plus et répond qu'il faut attendre les nouvelles de l'hôpital pour le savoir. Mais pour des cas routiniers de ce genre, on devrait connaitre les résultats dans la semaine!
Je ne peux pas m'empêcher de m'inquiéter. Quand il a disparu en 2006 pendant 41 jours, il a fait des analyses médicales dès son retour qui, dès le lendemain, lui annonçaient un durcissement du foie. Les autres tests, obtenus 4 ou 5 jours plus tard, ne préconisaient rien d'anormal. On était alors insouciant et nous nous sommes fiés à ses résultats d'analyse rassurants. Qui aurait su qu'en avril 2006, Hu Jia ne mangerait plus, puis ne voudrait plus se lever du lit? Je pensais qu'il traversait une période de lourde fatigue et ce n'est qu'en l'accompagnant à l'hôpital que j'ai appris que sa maladie nécessitait d'être traitée immédiatement.
A présent, c'est à nouveau le mois d' Avril, on ne connait toujours pas la conclusion des deux mois d'examens. Alors que son traitement s'est arrêté il y a déjà plus de trois mois, il ne peut subitement plus rien avaler, il maigrit à vue d'oeil; serait-ce à nouveau un problème de santé? Il me semble que la prison surveille de plus en plus nos moyens de communication, les lettres qu'il envoie à la maison lui ont été plusieurs fois renvoyées pour les écrire à nouveau et les livres que je lui ai apporté, hormis les ouvrages pédagogiques, n'ont pas pu y entrer. Est-ce que Hu Jia s'est déjà plaint au sein de la prison? Est-ce parce-qu'il n'y pas d'eau chaude dans les douches qu'il s'est encore enrhumé?
Tant de mots pèsent sur mon coeur que je ne sais pas par où commencer, tant d'oreilles écoutent que je n'ose ni parler d'actualité ni évoquer la famille à mon aise. La petite est dissipée, et en un instant se précipite vers la porte pour voir son père. Mais le gardien au côté de celui-ci n'est pas aussi gentil que la dernière fois et, craintive, elle revient en courant près de moi. Cette porte communicante, nous n'avons ni l'un ni l'autre la possibilité de la franchir. Seule notre enfant, naïve et éhontée, a parfois le droit de la passer pour étreindre son père.
Soudain, le téléphone se coupe. La demi-heure est déjà passée. L'agent pousse HuJia vers la sortie. Mon coeur se remplit de remords, je ne lui ai rien dit et ma fille n'a pas pu non plus bien le serrer dans ses bras. Si je l'avais su plus tôt, plutôt que de ne pas parler, j'aurais mieux fait de laisser père et fille s'amuser pendant une demi-heure.
Rentrée à la maison, ma belle-mère m'interroge « il a tellement maigri, comment faire? »
Le Lendemain, elle m'annonce qu'elle a téléphoné au Guo Bao, j'appelle alors plusieurs fois la prison mais aucun responsable n'est présent. Il n'y a plus qu'à continuer à appeler. Les résultats d'analyses médicales ne sont-ils pas censés être communiqués le plus tôt possible aux membres de la famille et à lui-même? Ne sont-ils pas censés donner un traitement à HuJia? Ne sont-ils pas censés contrôler sa nutrition? Ne sont-ils pas censés protéger notre liberté de correspondre? Sont-ils censés interdire à ses proches de lui envoyer des livres, de la papèterie ou tout autre accessoire de la vie quotidienne? N'y est-il pas censés avoir un minimum de réflexion sur les conditions d'hygiène des individus au sein de la prison, à commencer par l'eau chaude pour se doucher?
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